Le Garumne a bâti sa rustique maison
Sous un grand hêtre au tronc musculeux comme un torse
Dont la sève d’un Dieu gonfle la blanche écorce.
La forêt maternelle est tout son horizon.

Car l’homme libre y trouve, au gré de la saison,
L [raw]es faînes, le bois, l’ombre et les bêtes qu’il force
Avec l’arc ou l’épieu, le filet ou l’amorce,
Pour en manger la chair et vêtir leur toison.

Longtemps il a vécu riche, heureux et sans maître,
Et le soir, lorsqu’il rentre au logis, le vieux Hêtre
De ses bras familiers semble lui faire accueil ;

Et quand la Mort viendra courber sa tête franche,
Ses petits-fils auront pour tailler son cercueil
L’incorruptible coeur de la maîtresse branche.

José-Maria de Heredia( Le dieu Hêtre )

Étymologie :

le mot « hêtre » est un nom germanique apparu au XIIIe siècle. « Fayard » vient du latin « fagus », qui a aussi donné Fau, Fou, Le Faouet, La Fage, fouet, fouine. Le Hêtre était inconnu des Grecs. La forêt de hêtres est une hêtraie.

Présentation :

Le hêtre est, avec le chêne, l’un des arbres les plus populaires de France. Cet arbre, reconnaissable à son feuillage dense et à son écorce gris clair, est très apprécié pour sa grande valeur ornementale.Le hêtre se reconnaît facilement à son écorce gris clair, mince et lisse. Il peut atteindre communément 30 mètres de hauteur. Sa silhouette varie selon le traitement forestier et l’habitat.

Son feuillage dense empêche toute pousse de sous-bois. Ses feuilles, longues de 8 à 15 cm, sont pointues à leur extrémité. A pétiole court, elles portent des nervures parallèles et présentent des bords sinueux.

Il donne un bois homogène et dense, de couleur blanc grisâtre à jaune rougeâtre. Après la coupe, ce bois prend une teinte rougeâtre. Il est très utilisé en ébénisterie mais aussi dans l’outillage et les jouets en bois. Il est également un excellent bois de chauffage.

hètre

Origine :

Europe centrale.

Espèces :

Hêtre hétérophylle (feuilles laciniées), Fagus sylvatica asplenifolia. Hêtre du Chili, Nothofagus antarctica (petites feuilles). Hêtre d’Orient, Fagus orientalis, dont la feuille se distingue de celle du Hêtre fayard, par un pétiole plus long, une base en V, et l’absence de poils sur le bord du limbe. Hêtre américain, Fagus grandifolia, qui a des feuilles un peu plus longues (12 cm contre 10 cm chez son cousin européen), mais surtout, elles sont bordées de grande dents pointues (un peu comme le châtaignier). Très plastique, le hêtre a permis de nombreux cultivars (variétés horticoles) aux feuilles particulières : – Hêtre pourpre (feuilles pourpre), – Hêtre à feuilles de chêne, – Hêtre doré pleureur, – Hêtre de Spath, Fagus sylvatica Zlatia. Il a la particularité de porter des feuilles de couleur jaune, en été, qui virent au vert puis au brun à l’automne.

Habitat :

Le Hêtre est assez indifférent à la nature du sol, calcaire ou siliceux, riche ou pauvre. Essence d’ombre, le Hêtre produit un feuillage dense qui assombrit le sous-bois et freine son développement. Il a besoin d’humidité atmosphérique mais il craint les sols trop humides. Il est sensible aux grands froids et aux fortes chaleurs. Le Hêtre prospère en plaine, dans la partie Nord de la France, notamment en Normandie. Au Sud de la Loire, il est présent en montagne : dans le Massif central et les Pyrénées occidentales notamment. En montagne, il voisine le Sapin, jusqu’à 1700 mètres d’altitude. Le Hêtre couvre 9% de la forêt française, derrière le chêne et le pin sylvestre.

Rusticité :

zone 6 (le Hêtre supporte des températures minimales moyennes de -20° C.). Pour plus de détail sur la rusticité cliquez ici

Durée de vie du hêtre commun :

300 ans. Des exemplaires rares sont répertoriés comme ayant atteint 1000 ans (dans la Marne).

Port (arbre isolé) :

houppier ovoïde. Les branches sont plagiotropes (elles poussent à l’horizontale).

branche hetre

Plantations :

Le hêtre pousse aussi bien en moyenne montagne (jusqu’à 1500 m) qu’en plaine. Sensible aux grands froids et aux fortes chaleurs, il s’épanouit sous un climat tempéré et plutôt humide (même s’il craint les sols détrempés). Il tolère une exposition au soleil ou à mi-ombre et apprécie tout particulièrement les sols profonds, acides et bien drainés. Cet arbre se plante et se rempote en automne et peut se multiplier par semis en pleine terre à l’automne. Rustique, il doit toutefois être protégé des grands Vents froids en hiver. Il est sensible au mildiou, aux pucerons et aux cochenilles.

Racines :

superficielles. Une tempête peut faire vaciller les hêtres de grandes tailles.

Particularité :

les racines du hêtre vivent en symbiose avec des champignons qui fournissent des sels nutritifs et reçoivent des hydrates de carbone. D’autre part, l’ombre épaisse qui règne au pied des hêtre empêche le développement du sous-bois.

racine hetre

Taille maximale :

30-40 m (Hêtre commun et Hêtre d’Orient). Son diamètre atteint alors 1,5 m. Croissance : lente. Les arbres à croissance lente se caractérisent par un bois dense et dur.

Ecorce :

Écorce mince, lisse (comme des pattes d’éléphant !), gris clair.

ecorce hetre

Tronc :

Tronc cylindrique. Bois homogène, blanc grisâtre à jaune rougeâtre, et dense. Après la coupe, il se colore en rougeâtre. Il faut le débiter et le sécher sans tarder pour éviter l’attaque de champignons. Le Hêtre poussant sur des terrains calcaires donne un bois de meilleure qualité que celui qui pousse sur des terrains siliceux (bois nerveux à fort retrait).

hêtre

Feuilles :

Feuillage caduc. Feuilles (9 cm) en disposition alterne et distique, en mai. Elles sont pétiolées, ovales, à bords pubescents et ondulés. Si d’aventure, la feuille du charme peut être confondue avec celle du hêtre, un petit dicton rappelle les différences : « Le charme d’Adam est d’être à poil » (traduisez : le charme a des dents, le hêtre des poils). Comme chez les Fagacées, elles sont marcescentes. Couleur vert brillant sur le dessus.

planche hètre

Fleurs :

le Hêtre fleurit en avril-mai. Les fleurs mâles, jaunes, en petits chatons pédonculée (3-5 cm) à pilosité velue, et les fleurs femelles, vertes, à court pédoncule, forment des groupes séparés.

Fruits :

ce sont des akènes, nommés « faînes », groupés par 3 ou 4 dans une cupule hérissée.

faine hetre

Légendes et traditions :

Déesse mère, symbole de la connaissance féminine : associé à Eurynomé (déesse qui créa le monde par la danse et le chant) chez les Grecs, Belisama chez les Celtes, Junon (déesse protectrice des femmes) pour les Romains. Dans l’astrologie celtique, le hêtre est matérialiste, raisonnable, … Le Hêtre est décrit dans l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (rédigée entre 1751 et 1772 sous la direction de Diderot).

Littérature :

Le dieu Hêtre, poème de Jose Maria de Heredia
L’ Hêtre et ses racines de pierre RAOUX

Utilisations :

Du fruit de hêtre (la faîne), on extrait une huile comestible (il faut 50 kg de faîne pour fabriquer 10 l). Mais son enveloppe contient un principe toxique (qui donnent des migraines et des convulsions). De plus, l’huile de faîne se conserve mal. Comme le gland du Chêne, la faîne est appréciée du gibier et des cochons. Autrefois, l’administration forestière accordait le droit de « Panage » autorisant les paysans à mener les porcs en forêt pour y consommer les faînes de hêtres. Le bois du hêtre est dur, homogène, mais il manque de souplesse. On améliore sa souplesse par chauffage à la vapeur. En « bois debout » (non débité), on en fait les billots pour bouchers. Le bois de hêtre accepte le tournage (jouets, pieds de chaises), la teinture et le polissage. Du fait de son homogénéité, le bois de hêtre était beaucoup utilisé par les boisseliers, tourneurs, fabricants de pièces complexes. On en faisait aussi les anciennes pinces à linge de nos grands-mères, avant l’invasion des polymères. Aujourd’hui, il est exploité en menuiserie (meubles, parquets) à condition d’être séché avec précaution (tendance au retrait). Le hêtre équipe 14 % des meubles fabriqués en France, juste derrière le chêne. On en fait aussi : des traverses de chemin de fer, des panneaux de particules, de la pâte à papier, des jouets, de la tonnellerie, des manches d’outils. Il peut être déroulé pour les panneaux de contreplaqué. C’est aussi un excellent bois de chauffage. La flamme est vive et claire. Le charbon est incandescent jusqu’à complète combustion. Le charbon de hêtre était utilisé pour la sidérurgie des minerais. De son bois, par combustion incomplète, on extrait du goudron, et, par distillation, la « créosote », à l’odeur forte. La créosote sert à traiter les bois extérieurs (poteaux électriques, traverses de chemins de fer), par imprégnation, éventuellement sous vide d’air. Le créosol est une huile extraite de la créosote ; elle est utilisée comme désinfectant des plaies, des caries dentaires. Les cendres de bois de hêtre entraient dans la composition de savon artisanal. Le hêtre est un des meilleurs bois, avec le sapin et le genêt, pour fumer les viandes de porc et de boeuf, ou les andouilles de Normandie. Utilisation médicinale : plante antiseptique, astringente, fébrifuge et diurétique (feuilles, écorce, rameaux). Autres usages : cure-dents (bourgeons d’hiver secs), bourrage des matelas (feuilles séchées), désinfectant (rameaux).

Maladies :

depuis 1980, le hêtre est attaqué par des champignons et des cochenilles. Il souffre également des sécheresses.